Il y a ces gamins qui jouent à quelques mètres et j'entends ce bruit lointain et familier qui rappelle avant. Des cris qui n'en sont pas vraiment, des rires, couverts par le pépiement des oiseau, un tracteur sûrement au loin, et le vacarme sourd de la campagne qui me donnerait presque des acouphènes.
Le Jura n'est pas loin, j'aurais pu y faire un saut, mais qu'a t'on à se dire si ce n'est cocher une case sur le papier, celui qui mettra fin à mes rêves de robe blanche, mes envies de romance pour l'éternité...?
Non, les chalets de bois et leurs tas de rondins, de bûches, prêts à réchauffer les autochtones pour l'hiver qui dure trop longtemps, je les relègue à un 'plus tard' que je n'espère pas. Il me rappelle cette douleur diffuse et incomprise des solitudes qui copinent avec la petite mort, les mercredis où Maéva partait à 20h, si tant est qu'on avait pu décaler l'échéance, le soleil qui se couche sur les feuilles orangées, l'odeur de la soupe et maman qui dit de rentrer.
Ca me rappelle les photos dans leurs albums à la reliure vieillotte dans les tons de marron qui trônaient sur le bahut de la salle à manger, et la grande soeur qui dit: 'De mon enfance je ne me souviens de rien, rien, sauf ce que j'imagine à partir des photos qu'on avait.'
Qu'est-ce qu'il s'est passé?
Aujourd'hui, ce sont les points sur les i qui ont été mis, des rancoeurs fraternelles, des aigreurs qui sentent le rassis, puis c'est reparti comme en quarante. Chaque sortie de Paris est une occasion pour les décisions, les partis pris, les conversations qui n'auraient pas eu lieu sans départ, sans grand air, sans remise en question.
Mon ange, tu me manques, t'es trop loin, et sans toi mes jours sont tristes. Je les ai comptés, il n'en reste plus que trois, complets, vendredi sera un jour nouveau, et les heures qui nous sépareront alors seront accompagnés de joie.
J'aurais remis à neuf ton appartement, rangé, fait briller, et j'irai à Roissy t'attendre au terminal qui conviendra, j'espère sans me tromper. J'imagine que tu ne t'y attends pas, et me jeter dans tes bras connaitra alors toute sa portée.
La Savoie c'était sympa, les séances au Picon Bière, j'achète, le travail au milieu des montagnes aussi.
Les nuages s'extirpent peu à peu du ciel et nous quitterons Salvagny avec le grand bleu qui nous domine.
Assise sur le vieux banc de bois aux abords du gîte, j'entends les quelques voitures passer, je respire l'air décidément moins pollué qu'à la capitale, et je me dis que j'avais espéré ce moment depuis mon arrivée sur les lieux. Que j'avais eu alors cette angoisse naissante qui peut momentanément me paralyser, entre peur, panique, tristesse, d'un déracinement que je ne peux maitriser.
Puis le temps a passé. Et quand j'en prends conscience, je me dis que mes 50 ans ne sauraient tarder. Que d'un battement d'aile, ce sera arrivé, et qu'il est regrettable d'espérer en douce que les minutes, les heures, les jours et les années s'épuisent sans que l'on ait pu en profiter. Parce qu'on aurait pensé que c'était du temps gâché, qu'une étape devait être sautée, comme celle-ci par exemple, où je n'attends que toi. Que vivement que j'entende ce petit bruit maintenant familier, de l'application internationale qui nous a relié pendant ces deux semaines interminables, voire minables.
Tu me manques.
Je t'aime.