Je ne sais pas qui est le plus triste. Mon visage encore perdu dans une nuit sans sommeil ou bien le gris ambiant qui défile derrière la vitre du train.
Il y a eu un bruit de porte proche de mes oreilles pourtant occultées par mes bouchons fétiches, en ce moment orange et bleu. Claquement métallique me faisant réaliser que je n'avais pas dormi, ou si peut-être quelques instants mais il y avait des morts ou je ne sais quoi. Décidément, rien ne me fait plus horreur que d'être déracinée. J'aime mes habitudes, ma stabilité dans une vie qui n'en a finalement pas trop. Mais c'est la ligne continue qui compte, mon lit, mon masque de nuit, mon coussin calé entre mes deux jambes, en chien de fusil, la bouche collé à son dos, les doigts déroulant peut-être les petites boucles oranges serrées du creux de sa nuque. Et mes boules Quiès.
C'est en mal de toutes ces petites choses que je réalise leurs valeurs, et bon Dieu ce qu'elles me manquent.
Le train a quitté Lyon à 8h38, une demie-heure plus tôt nous laissions les clés de la chambre d'hôtel rue Pareille. Un café, un bout de roulé, et c'est maintenant les rails sinueux qui serpentent entre les montagnes que mes yeux s'efforcent de regarder. Disons qu ils ont du mal à éclore ce matin.
M. a bien dormi, mais elle fait sa loque sur les deux sièges me faisant front. Je l'envie de pouvoir trouver le sommeil dans une chambre qui n'est pas la sienne et dans des positions qui a vue de nez ont bien l'air inconfortables. Je dois être une petite nature, le côté roots je l'ai mis de côté y a quelques années.
Ca y est elle émerge et se sert de son portable comme miroir, histoire de réaliser que sommeil ou pas, on a quand même vraiment une sale gueule ce matin.
Et dire qu'on lit ou entend à longueur de journée combien on est jolies. C'était sans avoir vu nos bobines au réveil. Le mythe est brisé, ça tombe bien, y a pas de mythe, pour l'une comme pour l'autre et c'est bien pour ça que je l'aime bien ma collègue. Ce je-m'en-foutisme nonchalant, j'aime.