Steph

18h, gare d'Annecy. Voie A c'est direction Paris, y a un train à quai, c'est le mien.
Je viens de me faire déloger de la place qui n'était pas la mienne, à une voiture près. Certes j'étais en tort mais si la bande de bidochons pouvait arrêter de piailler, ce serait le top.
Exténuée je suis, je ne sais pas ce qui a été le plus dur aujourd'hui. Le lever dans le coltard au petit matin, Les deux séances de trois heures, le trajet en bagnole jusqu'à Annecy ou bien ces 3h40 de train qui ne défilent pas assez vite à mon goût. Heureusement, ou malheureusement, j'ai "mamidou" en tête et je repense à ces quelques instants agréables au beau milieu du désastre. Ca n'a pas été simple, illogique peut-être de développer. Bref, le grand air n'aura pas eu l'effet légendaire escompté.
Elle me manque la pollution, et aussi traverser quand le bonhomme est rouge, se faire klaxonner, jouer à Duel Quiz dans le métro, sonner à la porte bleue alors que j'ai les clés mais juste la flemme de fouiller dans mon sac, passer devant le rebeu d'à côté qui d'ailleurs est plus chinois que de là-bas, monter les dernières marches de l'escalier, me dire que je peux m'écrouler sur le canap´, qu'avec un peu de chance c'est lundi soir et que mon rendez-vous culinaire est pris, être jeudi soir et penser à demain, Clairis et notre tour du lac, Clairis et les suées dans le sauna avec un petit tour au hammam qui est résolument pas assez chaud, faire couler la douche glacée en frissonnant un peu, retrouver Zion qui fait sa ronde autour de la piscine en miaulant à la lune, sentir qu'il fait chaud alors qu'on avoisine le zéro, se faire appeler 'ma chérie' par belle-maman à´défaut de l'avoir entendu de la part de la vraie, se dire qu'elle porte bien son nom d'ailleurs, belle-maman. Manger des épinards ou mieux, des choux de Bruxelles, savoir que mon B. aussi les aime, savoir qu'on est pareils, me dire que c'est pas possible d'être gentil comme ça, c'est mieux que d'avoir gagné au Loto que d'être avec toi.
Il fait nuit, je m'ennuie. Les ploucs de devant sont revenus de la voiture bar avec le même volume sonore et leurs doggy bag me rappellent que j'ai faim.
La bande de joyeux lurons a déboulé dans le train en gare inconnue au bataillon, un bled entre Annecy et Bourg en Bresse et depuis, tout le wagon a droit à une symphonie de claquage de poubelle métallique, à la critique gastronomique de leur orgie culinaire à base de plats de cantine surgelés. Les gars, c'est leur sortie de l'année on dirait, la famille Groseille à Disneyland, Monsieur et Madame Beauf prennent le train pour Paris.
La mère, elle se mouche, elle se débrouille pour te faire sursauter, bien que cela aille sans dire, je me suis pourtant ruiné le cartilage en enfonçant comme je pouvais mes deux bouchons de mousse au fond des oreilles. Moi je préfère les vrais en cire mais G. trouve ça trop dégueulasse. V´là que la fille a une quinte d'éternuement maintenant.
Mon voisin de derrière me regarde avec un air entendu.
Excités comme des puces ils sont, et vas y que je me lève, qu'à la limite je te bouscule, que je chiffonne un sac en plastique, quinze ou vingt secondes sinon c'est pas trop trop marrant, que je commente avec délectation la saveur étudiée de ma piémontaise surchargée en mayo made in TGV, et je parle à haute et intelligible voix à mon frère qui est -je sais pas si c'est intégré- de l'autre côté du couloir.
Ca y est on est à Bourg en Bresse , quelques uns montent dans le train et je me dis que si je me fais à nouveau déloger, ça m'évitera de continuer mon layus sur mes globe trotter préférés, en train de vivre à fond le voyage de leur vie et d'en faire profiter les autres avec l'élégante discrétion dont ils ont hérité.
Bonne ou mauvaise chose, personne n'avait visiblement la place 43 de la voiture 8.

Steph