67 millimètres. Le début d'une autre vie tient dans la paume de ma main. Diable que tu grandis vite. J'ai hâte de te voir, j'ai hâte de connaître la couleur de tes cheveux. S'ils sont roux, j'aurais un éclat de rire pour ta venue au monde. J'ai hâte de te donner un prénom. Bien-sûr les idées fourmillent, mais tu porteras celui dont nous ne sommes pas encore sûrs et qui sera alors une évidence.

Je vais pouvoir tirer ma révérence. Enfin. Saluer les années d'errance, de quête d'on ne sait quoi, les égarements - même s'il y en aura encore - et embrasser ce qui donne déjà du sens à mes réveils. Avec toi tu as amené la part de paix qui parfois pouvait manquer, tu as mis du brouillard sur mes angoisses et les jours sont comme teints de lumière. Avoir ton être et ton devenir à penser, c'est commencer à s'oublier un peu. Il est temps de mettre derrière les broutilles, ce qui se transformait de temps à autre en montagne de rien. Ouf! Un grand coup de pied dans l'inutile, dans ce qui gâche le paysage, dans ce qui s'acharne à flétrir ce qui pourrait être beau. J'avais toujours en ligne de mire ce passage, je l'attendais, je l'appréhendais aussi, je devinais qu'il finirait par arriver. Ignorant le moment choisi, il fallait avoir confiance en chaque jour que Dieu fait. Il y en aurait un d'exceptionnel. 

C'est si bien tombé, une grâce offerte au moment opportun pour m'apprendre à être meilleure, à dépasser ce qui tire vers le bas. Il faut dire que j'en ai soupé, jusqu'à écoeurement. Mon quotidien n'était pas toujours celui que j'aurais imaginé, dans un milieu où l'insuffisance confine à la bêtise, souvent. J'ai foulé des herbes trop humides, j'ai manqué de glisser sur des pentes trop raides, j'ai croisé des êtres en mal de bonté. Je les laisse derrière moi comme des âmes en peine mais je ne pleure plus sur leur sort mérité. A semer le vent, la tempête menace. Qu'il est triste de voguer dans le chahut permanent, quel choix dommageable, pour soi et pour ceux qui souhaitent naviguer loin de la houle.
J'en suis, j'envoie paitre loin les mauvais bestiaux, j'espère qu'ils se fatiguent au plus vite d'irradier autour d'eux leurs ondes fétides. Immunisée je suis.

Je t'attends, avec la patience que j'apprends.